Watch Full Movie Rings (2017), Le partenariat très sophistiqué
04/09/2014

Horlogerie. HYT et l’horloger Dominique Renaud signent un retour à l’innovation fondamentale. Peut-être le début d’une tendance.

Stéphane Gachet

Cela fait quelque temps maintenant que l’horlogerie est tancée en Suisse pour sa perte de capacité d’innovation. Le premier à l’avoir fait publiquement a été Ernst Thomke, co-inventeur de la Swatch, qui a vertement critiqué l’industrie pour son immobilisme en 2013 alors qu’il recevait le prix Gaïa. En ligne de mire, la smartwatch et la menace potentielle qu’elle fait peser sur un swiss made maladivement concentré sur le haut de gamme. Une critique entendue par Xavier Comtesse, engagé dans un think tank horloger depuis ce printemps.

Le partenariat annoncé publiquement hier entre les montres HYT (Neuchâtel) et l’horloger Dominique Renaud apparait comme une réponse très directe à ces attaques. Avec cet objectif colossal de remettre à jour certains fondamentaux de l’horlogerie mécanique. Presque un appel à la rupture dans un secteur qui n’est pas encore sorti de l’ombre d’Abraham-Louis Breguet. Les propos sont à la hauteur. Vincent Perriard, dirigeant de HYT: «Bousculer les codes. Notre mindset, atteindre des révolutions.» Dominique Renaud, qui est déjà une figure tutélaire du renouveau de la montre mécanique dès les années 1990 (création, avec Giulio Papi, de Renaud & Papi en 1986, contrôlé par Audemars Piguet depuis 1994, il fait partie de la génération des pionniers, Christophe Claret, Vincent Calabrese, Franck Muller, etc.) est précisément revenu en Suisse après quinze ans d’absence (il s’était installé dans le sud de la France) pour cela: «Ecrire une nouvelle page de l’horlogerie.»

Le premier jalon se situe du côté de la puissance de motorisation. Pierre angulaire de toutes les montres à complication. Clé de voûte pour HYT, dont l’unique dessein est de coupler la microfluidique et l’affichage du temps, un métissage très exigeant en déploiement d’énergie. Une exigence précisément à l’origine même du mandat qui a rapproché Dominique Renaud de la marque. Les prémices de la collaboration sont prévues pour 2015, mais les vrais changements devraient intervenir dans deux à trois ans. «Une motorisation révolutionnaire, présentant un couple dix fois plus important que ce qui existe aujourd’hui.» Sur les deux premiers modèles HYT commercialisés, la microfluidique n’est encore utilisée que pour indiquer les minutes, mais des projets beaucoup plus ambitieux sont sur le métier, précise Vincent Perriard.

La collaboration entre les deux entreprises dépasse maintenant le simple mandat. La première étape est le déménagement de l’entité Dominique Renaud SA (créée en 2013, trois collaborateurs, dont Dominique Renaud et son partenaire Luiggino Torrigiani, l’un des piliers de l’aventure Solar Impulse), qui quittera Eysins (Vaud) pour s’installer dans les locaux de HYT à Neuchâtel. Les deux entités resteront indépendantes, mais commencera alors un partage de compétences dont les effets sont balisés, mais pour l’instant insondables. Pour HYT, cela correspond à une étape de l’intégration progressive des métiers de l’horlogerie. Pour Dominique Renaud, c’est la première pierre d’une manufacture complète et indépendante, qu’il projette à terme, parallèlement à l’établissement de sa propre marque.

Mais l’essentiel reste insondable, puisque le partenariat procède surtout par émulation, par hybridation. Dominique Renaud amenant l’expertise et l’inventivité horlogère et HYT, adossé à Preciflex (basé à Bienne, 33 collaborateurs entre HYT et Preciflex, ils étaient 3 il y a un an et demi, ils seront 40 en fin d’année), entité issue du medtech à l’origine de la microfluidique (L’Agefi du 19 août 2013), apportant au premier l’accès aux technologies les plus avancées et aux connaissances fondamentales, physique, chimie, et toute la technologie qui ressortit à un laboratoire high-tech. Une configuration propre à faire apparaître toutes sortes «d’accidents d’innovation». Dominique Renaud: «L’accès à certaines machines, au laser entre autres, nous permettent d’envisager modifier certaines approches traditionnelles. Ce n’était pas envisageable auparavant.» La nouvelle plateforme ouvre un champ gigantesque, somme toute avec une orientation assez précise. Vincent Perriard: «Ce qui nous lie est le choix d’une innovation visible et compréhensible par tout le monde, pas juste une affaire de spécialistes.»

Qu’en sera-t-il alors de la propriété intellectuelle? Les protagonistes n’écartent aucun cas de figure: HYT, Dominique Renaud SA, brevet commun. Là encore, tous les échanges sont possibles. Preciflex (et HYT) sont déjà à la base d’une vingtaine de brevets, une part de la propriété intellectuelle horlogère intéresse aussi HYT, etc. Il n’est pas exclu à ce stade que le partenariat s’étende au financement de la marque Dominique Renaud et de la manufacture attenante.

En parallèle, HYT poursuit son déploiement commercial. La marque affiche une production de 550 montres (prix public proche de 50.000 francs) sur 2014 et un réseau de distribution de 45 points de vente, doté d’une filiale à Singapour depuis début septembre. La direction projette l’ouverture de deux enseignes en propre, dont une à Genève. Preciflex et HYT sont propriétés de leurs créateurs, Patrick Berdoz, Lucien Vouillamoz et Emmanuel Savioz. Patrick Berdoz précisait au printemps dernier (L’Agefi du 1er avril) que la structure (plateforme technologique, y compris HYT) a atteint l’équilibre opérationnel au dernier trimestre 2013, avec un Ebitda positif. Une performance encore gommée par les investissements et un working capital en forte expansion.

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